Autre fermeture : http://lapprentidocteur.blogspot.fr/

Nous nous permettons de citer les adieux de l'apprenti-docteur, qui reflètent l'intérêt et la difficulté de l'exercice :

"Ce n'est qu'un au revoir

Point de suspens aujourd'hui, je vais aller droit au but : j'ai décidé d'arrêter ce blog.

Je dois bien une explication aux quelques-uns qui le suivaient et s'y intéressaient. Les autres, ne vous embêtez pas à lire, la suite sera barbante et ressemblera plus à une introspection. Boring !

Je n'arrête pas par gaîté de coeur, clairement. A vrai dire, je suis même réellement triste de prendre cette décision. Mais c'est nécessaire, et lié à deux choses : ma stupidité, et la stupidité de certaines autres personnes.

Lorsque j'ai lancé ce blog, en 2009, j'étais motivé par l'idée de partager mon expérience de jeune passionné par la médecine qui débutait sa carrière médicale tout en bas de l'échelle. En effet, il existait finalement très peu de sources d'informations pour les personnes dans ma situation, désireuses de savoir comme allaient se passer les gardes aux urgences, les stages à l'hôpital. Attiré par les "nouvelles technologies" sans pour autant être un geek, je décidai donc de créer cette source, en partageant simplement ma propre expérience. Parce que c'est un peu ça, la médecine, c'est un savoir qui s'acquière et se transmet par l'expérience.

Ce n'est pas là le problème. Je pense réellement que cet espace en a aidé plus d'un. Certains me l'ont déjà dit. De vive voix, par mail, par commentaire, par twitter. Et j'en suis infiniment heureux. Avoir pu rendre service, soutenir même indirectement des personnes qui ont choisi le même métier que moi, à mon niveau, c'est un plaisir immense, que je suis bien déçu de devoir abandonner.

Petit à petit, ce blog s'est développé. De cinq visites par jour au commencement, on est passé à depuis un mois environ, plus de 200 pages vues tous les jours. DEUX CENTS. Une broutille, comparé aux "grands" dans ce domaine, comme Borée, ou Jaddo, Grange-Blanche ou Dominique Dupagne. Mais une fierté sans nom pour moi. Les 5 "meilleurs" articles atteignent entre 6000 et 1000 lectures. Quand j'ai commencé, je n'aurais jamais imaginé ça.

Mais surtout, cette expérience m'a permis de découvrir un monde nouveau. Quand on écrit, on est lu. Par des gens divers, mais notamment des gens qui écrivent aussi. Petit à petit, j'ai découvert qu'il existait et surtout qu'il se développait une véritable communauté virtuelle de médecins et plus généralement de soignants sur le net. Que ces gens avaient tous envie, ou besoin, de partager leur expérience, leurs réflexions sur leur métier. Parce qu'il n'est pas meilleur soignant que celui qui remet constamment en doute sa pratique. Et à la manière de certains groupes de travail existant "IRL" (dans la vie réelle), cette communauté se créait pour mieux discuter d'expériences vécues, ou pour questionner sa propre pratique professionnelle. Ainsi, tous les jours sur twitter et sur de nombreux blogs, vous pouvez lire des échanges entre professionnels de santé, que ce soit au sujet de la prescription de tel examen ou tel traitement devant le cas de tel ou tel patient vu en consultation, ou juste pour partager une expérience qui en vaut la peine. Parce que le métier de soignant est difficile et qu'il ne doit pas s'exercer seul, même lorsqu'on est médecin généraliste à 1h de tout service d'urgences. C'est ce que certains appellent il me semble la Médecine 2.0 (à bien différencier de la télémédecine, ça n'a absolument rien à voir).

Je suis heureux de connaitre (virtuellement j'entends pour la grande majorité) cette communauté, et d'en faire un peu, à mon niveau, partie.

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin.

Mon immense, magistrale, impardonnable et stupide erreur a été de parler de mon blog autour de moi, à son commencement. A ma famille, à mes amis, et à d'autres connaissances. Ajoutez à cela l'erreur de faire figurer clairement dans quel CHU vous travaillez, et vous êtes, permettez l'expression, bien baisé. Ne cherchez pas j'ai corrigé cette erreur il y a plus d'un an, mais il était déjà bien trop tard. Alors, moment conseil, pour ceux qui envisageraient de se lancer dans l'aventure, ne dites JAMAIS d'où vous êtes, et restez vagues dans les descriptions des lieux. Même si dès le début j'ai écris de façon "anonyme", il s'agit bel et bien d'un secret de polichinelle. Ainsi, rapidement certains ont commencé à me dire "eh au fait il est bien ton blog !" lors de gardes ou de stages. Un peu gênant, mais sans plus. Ça le devient carrément quand des collègues, des internes ou des chefs commencent à le découvrir. Déjà, par pudeur bien sûr. C'est bien plus confortable d'être bien au chaud derrière son ordinateur sans que personne puisse mettre un visage et se dire "eh mais c'est le mec avec qui je bosse". Mais surtout pour les patients.

Je suis HYPER attaché à un des fondements de notre métier, à savoir le secret professionnel. Certains auront peut-être du mal à le croire parce que j'écris à propos de certains de mes patients sur internet, mais pourtant. Ceux qui y travaillent savent que dans un hôpital, le secret n'est pas très bien gardé quand l'infirmière du 4è est passée par les urgences pour tel ou tel problème. Ou quand le PH (Praticien Hospitalier, un médecin) de cardio est hospitalisé pour un tel autre problème. Il suffit de quelques heures pour que tout l'hôpital soit au courant. Qu'on se le dise, je n'ai jamais, jamais, parlé d'un patient qu'il connaissait à quelqu'un qui n'avait pas à être au courant. Pourtant, de part mes nombreuses gardes, j'ai déjà vu des patients allant du collègue externe au PH d'un service de l'hôpital. Même des PU (Professeur Universitaire). De même, concernant la sphère privée il arrive de voir des gens connus par la famille, les amis. Je n'ai jamais rien dit, quand d'autres (externes, internes, PH, infirmiers... je ne jette la pierre à personne en particulier) auraient fait courir le bruit que. Parce que c'est la base de notre métier. Si le patient, qui qu'il soit, ne peut avoir confiance en nous, soignants, on ne pourra justement pas bien le soigner. C'est fondamental !

Alors voilà, le fait que certains ici dans mon environnement professionnel sachent qui je suis, ça peut nuire à ce secret. Ça peut nuire au patient. Et s'il est un adage bien connu en médecine, c'est "Primum non nocere". Littéralement, "D'abord ne pas nuire".

Je pense, peut-être à tort mais en tout cas sincèrement, avoir été très prudent à ce sujet. Il y a de nombreuses choses que je n'ai justement pas pu raconter, parce que ça aurait été trop facile d'identifier la personne dont il était question. C'est d'ailleurs parfois frustrant. Mais c'est "le jeu". Malgré ma prudence, j'ai déjà été interpellé à ce sujet que ce soit sur le net ou IRL. Par des gens plus ou moins intelligents. Certains qui se demandent réellement si je ne suis pas "off limits", réfléchissent et font réfléchir. D'autres qui diabolisent et méprisent sans autre procès tout ce qui se rapproche de près ou de loin à l'Internet. Des gens qui ne sont pas forcément capables de voir la force et l'intérêt que peuvent avoir ces espaces de partage d'expériences et de connaissances. Des gens qui refusent finalement d'avancer, d'essayer de vivre dans l'ère du temps.

Je précise bien que je me tiens comme premier responsable de ma décision, si j'avais laissé le flou total sur qui j'étais et où je travaillais, peut-être que ces gens là ne se seraient jamais manifestés (mais j'en doute). Il y a en tout cas maintenant trop de risque, pour les patients d'abord, et aussi pour moi.

C'est donc à reculons que je mets un point final à cette aventure. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, mais c'est néanmoins une vraie peine qui m'habite en ce moment-même. J'aurais aimé continuer.

Pour ne pas que tout ce travail soit vain, je laisse bien sûr ce blog ouvert et disponible. Mon but premier était que les nouveaux et futurs externes puissent se familiariser un peu avec ce qui les attend pendant l'externat. Grâce au travail que j'ai fourni et à vous, les résultats en terme de référencement dans les moteurs de recherches sont plutôt pas mal, de sorte qu'un externe qui cherche des infos sur le rôle qu'il aura à jouer lors d'une garde tombera facilement ici. Il serait dommage de supprimer le résultat de 2 ans 1/2 de travail. Et puis je ne peux de toute façon pas me résoudre à supprimer définitivement ce site.

D'autre part, comme le dit le titre de cet article, ce n'est qu'un au revoir. Je ne suis pas mort, et même si en ce moment je suis plutôt découragé et dégoûté, j'aime toujours ce que je fais, que ce soit la médecine ou le "blogage". Alors je reviendrai probablement. Pas tout de suite, peut-être quand je serai interne. Pas ici bien évidemment. Sous un autre pseudonyme, ça va sans dire. Je ne répéterai pas les mêmes erreurs.

Alors peut-être qu'un jour, dans quelques années, vous tomberez sur le blog d'un jeune interne, passionné par ce qu'il fait. Peut-être que vous trouverez ce blog joli, moche, bien écrit, mal écrit, intéressant, lassant, pertinent, ou que sais-je encore. Mais vous ne pourrez jamais être sûr qu'il s'agisse de moi. Il y a tellement de blogueurs chez les professionnels de santé et tellement de nouveaux chaque mois, et surtout tellement de meilleurs que moi (à relire mes premiers articles, j'en pâlis de honte)... Pour ne pas vous laisser à l'abandon, voici un lien qui essaie de regrouper tous les blogs médicaux ou paramédicaux francophones.

Merci à tous de m'avoir suivi, encouragé et soutenu jusque là. N'oubliez jamais d'où vous venez (je m'adresse notamment aux futurs médecins), et gardez la tête froide. N'oubliez pas que vous serez toujours meilleurs demain qu'aujourd'hui, parce que notre métier s'apprend tous les jours, si tant est que l'on fasse l'effort de se remettre constamment en question. Et enfin, aux jeunes étudiants en médecine qui commencent à peine ou à ceux qui voudraient se lancer en médecine, et qui auraient pris le temps de lire jusqu'ici ce long article, ne baissez pas les bras, même si c'est dur.

Il parait que c'est mieux, après.

Merci, merci, merci."