CHU. Le niveau moins 1 abrite les centres vitaux de l'hôpital. De quoi faire vivre en autonomie une ville moyenne Dans les entrailles de Pellegrin

Deux kilomètres de galeries abritent des boyaux où circulent tous les fluides. (Photos Stéphane Lartigue)

Pellegrin, niveau moins 1. Deux kilomètres de galeries traversées de part en part par d'énormes boyaux vitaux. À l'intérieur de ces tuyaux grisâtres circulent en permanence l'eau chaude, l'eau froide, les gaz médicaux, l'électricité, les câbles. Tout ce qui fait vivre les étages supérieurs. Ici, c'est le royaume de Sébastien Terrade, le responsable de la logistique de l'hôpital. Il en connaît tous les recoins, à l'instar des deux cents salariés appelés à travailler dans cet univers coupé du monde mais relié à l'air libre par deux entrées.

Ces galeries sont sans cesse empruntées par des tracteurs ou des vélos. On y croise des chariots remplis à ras bord de draps, oreillers, couvertures, blouses sortis tout droit des machines à laver. D'autres chargés de plateaux-repas. À l'une des sorties, des containers ventrus engloutissent 100 m³ de déchets ménagers quotidiens en partance pour le composteur. Les déchets à risques infectieux sont dirigés vers une usine d'incinération extérieure au site.

Une capacité de 1 500 lits

Trente tonnes de matériel circulent chaque jour dans les souterrains de Pellegrin. Dont le coeur bat aussi la nuit dans le service de stérilisation, une véritable usine où arrivent, chaque année, 40 000 instruments chirurgicaux (y compris de l'hôpital Saint-André) pour être lavés et désinfectés avant de repartir vers les blocs opératoires. Un secteur qui ne chôme jamais, tout comme la permanence pharmaceutique. Là-bas, dans une petite salle, on s'affaire à réparer les lits de l'établissement qui en compte 1 500.

Les locaux techniques abritent les points névralgiques de l'hôpital. La centrale électrique d'abord. Testée toutes les semaines, elle doit relayer EDF en cas de panne. « La consommation annuelle de Pellegrin est de 36 gigawatts/heure, l'équivalent des besoins d'une ville de 25 000 habitants comme Libourne », indique Jean-Louis Hourcau, l'ingénieur de Pellegrin. Elle est composée de cinq groupes électrogènes de 10 mégawatts. Non loin de là, un homme fixe en permanence les clignotants affichés sur un mur : c'est le PC de surveillance électrique de l'hôpital. Lui aussi un centre vital.

525 l d'eau par lit et par jour

La centrale thermique maintenant. Un autre mastodonte également réfugié au niveau moins 1. Ses cinq chaudières - dont seulement la moitié est utilisée, le reste venant en secours - développent une puissance de 50 mégawatts, de quoi chauffer une commune de 10 000 âmes. 136 centrales sont affectées au traitement de l'air et 25 sous-stations produisent l'eau chaude sanitaire : « À titre indicatif, un lit nécessite 525 litres d'eau par jour », note Yves Vigneau, directeur de Pellegrin.

Quant à la centrale de froid, elle alimente en eau glacée la climatisation, notamment pour les blocs opératoires. « La cheminée qui culmine à 60 mètres au-dessus de l'hôpital, et que l'on aperçoit de très loin, sert à l'évacuation des gaz brûlés par les chaudières », précise le directeur, sachant que cet équipement en intrigue plus d'un.

Pellegrin, deuxième site hospitalier français après La Pitié-Salpêtrière (Paris) pour ce qui est de la concentration d'activités médicales, s'étend sur un site de 25 hectares et sur autant de surface construite. Il intègre le Tripode, la maternité, le centre Michelet, l'hôpital des enfants et le service de rééducation fonctionnelle.



Les héros de l'ombre

Dans les années 80, la rupture d'une canalisation d'eau potable avait noyé la centrale thermique. « Le personnel de l'hôpital, raconte Yves Vigneau, avait pris le risque de démonter les moteurs et de les faire sécher dans les fours des cuisines. Ils avaient pu ainsi en sauver trois, permettant de relancer provisoirement le chauffage, en attendant un contrôle et une réparation définitive. »

Ce type d'acte héroïque s'est répété à la même période, lorsqu'une panne avait complètement neutralisé la centrale électrique de secours. C'était un dimanche et l'ingénieur de l'hôpital, Alain Planes, se trouvait dans son bureau. « Il lui a semblé impossible que les quatre dispositifs tombent en rade en même temps. Il a réenclenché chaque disjoncteur de 15 000 volts au risque d'y laisser sa peau. Et le courant est revenu. Il a sauvé des vies. Cet incident a entraîné une modification des normes », rassure Yves Vigneau. Alain Planes est sur le point de prendre sa retraite. Méritée.
Auteur : DOMINIQUE MANENC d.manenc@sudouest.com article original sur http://www.sudouest.com/gironde/actualite/bordeaux/article/746655/mil/5271487.html?auth=3f23b33f&cHash=abcc255569